L’Espingole, fleuron de la Marine…

Au début du 20ème siècle, toutes les marines des grandes puissances maritimes cherchent un moyen de contrer la menace des « torpilleurs », navires rapides qui malgré leur taille réduite sont en mesure de menacer les plus puissants des cuirassés. La marine française va développer avec succès un prototype de « contre-torpilleur ». Contraints d’embarquer un armement plus lourd que celui de leur cible, ces bâtiments se devaient d’être également plus rapides. Ils embarquaient une double machine à vapeur d’une puissance extraordinaire pour l’époque.
L’espingole est le 4ème contre-torpilleur construit.

Conditions de plongée

Profondeur

39 mètres

Fond

Sable coquillier

Visibilité

Bonne à excellente

Courant

Souvent inexistant, parfois sensible

Distance du Port de Bormes

10,8 milles nautiques (20 km)

Temps de trajet

45 à 50 minutes

Longueur

56 mètres

Largeur

6 mètres

Caractéristiques de l'épave

Contre-torpilleur français

  • JAUGE BRUTE : 330 tonneaux
  • PUISSANCE MACHINES : 2 x 2600 cv
  • LONGUEUR : 56 m
  • LARGEUR : 6 m
  • TIRANT D’EAU : 3 m 20
  • VITESSE MAXIMALE : 27 nœuds
  • ANNEE DE CONSTRUCTION : 1900
  • NATIONALITE : Française
  • DATE DU NAUFRAGE : 6 février 1903
  • CAUSE DU NAUFRAGE : Echouement, puis naufrage pendant remorquage

l'espingole

Intérêt faune et flore

Le cachet historique de l’Espingole constitue l’intérêt principal de l’épave. Même s’il est très courant d’observer quelques murènes dans l’incroyable enchevêtrement de tubes et tôles, même s’il est fréquent de croiser un banc de daurades royales ou, plus rarement, de jeunes sérioles, peu de navires permettent d’avoir une idée aussi précise des prouesses techniques des machines à vapeur. Les deux chaudières installées en opposition ressemblent aux arrière-trains de deux gros bouledogues et encadrent une salle des machines, envahie de tubes, vannes et autres soupapes, dans laquelle un beau mérou a élu domicile. L’étrave couchée dans le sable, étroite comme une lame ou les hélices démesurées dont seules les pales supérieures dépassent du sable sont celles d’un navire taillé pour la vitesse.
Tout autour de l’épave, la cargaison de briques de charbon, utilisées pour charger rapidement les chaudières, est éparpillée. Certaines sont estampillées.
Les énormes chaînes utilisées lors du renflouage gisent également dans le sable.

Les détails du naufrage

Découvrez l'histoire rocambolesque du naufrage de l'Espingole...
Construite en 1900 aux chantiers Augustin Normand du Havre, l’Espingole est affectée à l’escadre de Méditerranée en décembre de la même année. Après une expédition en Turquie, elle revient à Toulon en Janvier 1903. Le 4 février, elle appareille des Salins d’Hyères avec une flottille de plusieurs contre-torpilleurs. A la sortie de la baie de Cavalaire, le navire en tête du convoi, passe imprudemment entre le cap Lardier et le sec dit « de Lardier » connu pour avoir moins d’un mètre d’eaux libres sur sa tête. Le lieutenant de vaisseau qui commande l’Espingole ordonne une route plus sûre, contournant le sec, mais le navire est rapide et il répond trop tard à la barre et talonne le sec par l’avant.
Une voie d’eau est déclarée. Le commandant ordonne son colmatage à l’aide de « paillets Makaroff », sorte de paillasson de cordes tressées enduites pourvu d’œillet permettant le passage de cordages et plaqués sur l’extérieur de la coque.Les autres navires portent secours, le reste de l’équipage est transbordé en premier puis les canons et tout ce qui permet d’alléger le navire échoué. Une remorque est passée et l’Espingole est tirée par l’arrière. Une fois désengagée, elle est remorquée mais le colmatage ne tient pas et l’Espingole coule à quelques centaines de mètres, brisant net sa remorque.

L’état major ne pouvait se résoudre à abandonner un navire aussi moderne que récent. Après une tentative infructueuse, le renflouement est confié à un entrepreneur privé qui ne va rien trouver de mieux que de couler un ponton de 300 tonnes au-dessus de l’épave, d’accrocher des chaînes passées sous la coque de l’Espingole audit ponton et de le renflouer pour soulever l’épave et remorquer le tout ! La manœuvre ne se passe pas comme prévu, le ponton bascule, largue son lest et remonte percuter le remorquer en surface. L’Espingole retombe et se brise en trois morceaux.

L’épave sera finalement vendue par l’administration des domaines le 12 janvier 1910. Elle ne sera jamais ferraillée.

Une plongée dans l’histoire :

L’Espingole était un navire de guerre. L’épave présente certaines caractéristiques des bâtiments prévus pour cet usage. Ces canons ont été démontés mais l’affût du canon principal est couché dans le sable sur tribord. La cale avant est remplie de caisses d’obus. Le bois des caisses s’est délité et laisse apparaître les obus bien alignés par groupe de six.

Le comportement des plongeurs de l’époque est loi d’être exempt de tout reproche et nombreux sont ceux qui vont remonter une douille pour l’exposer crânement. Ces munitions sont pour la plupart des obus perforants. Ils ont perdu leur coiffe de pénétration qui recouvrait le corps même de l’obus mais les deux anneaux de sertissage de la coiffe sont bien visibles. Ce corps en acier contient une charge explosive, il est donc loin d’être inerte. C’est probablement pour cette raison que ces plongeurs peu scrupuleux avaient l’habitude de séparer l’obus de la douille avant de les remonter.

Les douilles étaient purgées de leur poudre noire avant de faire surface. Pour autant, ces douilles sont également tout sauf inertes puisque leur charge propulsive était constituée de poudre noire et de nitrocellulose. Dans les deux formes utilisées pour les obus de l’Espingole, bandes ou paquets ficelés, il s’agit d’un composé hautement inflammable.

Les bruits courants sur les pontons vont parvenir aux oreilles du préfet maritime de la méditerranée qui pour éviter un accident grave va prendre, le 6 septembre 2000, un arrêté d’interdiction dans une zone de 200m autour de l’épave. Cette réaction est quelque peu tardive et cela fait bien longtemps que la cale de l’Espingole a été fouillée de fond en comble. Pourtant cette mesure sera maintenue pendant plus de quinze ans et vient tout juste d’être abrogée. Alors, on y va ?